Dix kilos se sont évaporés... Pour s'en aller défier samedi dernier, à Port-Elizabeth, les monstres physiques sud-africains, Rémy Martin était loin du gabarit de ses débuts internationaux, quand à l'hiver 2002, Bernard Laporte avait déjà choisi de faire appel au troisième ligne du Stade Français. Trois apparitions furtives pour trois rencontres du Tournoi débutées en tant que remplaçant et depuis plus rien...
Jusqu'à cette Tournée d'été, conclusion d'une saison à rallonges tout en paradoxes pour le Stadiste à l'heure au rendez-vous des finales, mais qui s'est envolé bredouille, tant en Coupe d'Europe qu'en Championnat, pour l'hémisphère sud. Les Bleus pour antidote et Rémy Martin de venir grossir les rangs des nombreux prétendants à la troisième ligne tricolore en vue de la Coupe du monde. Nyanga, Bonnaire, les jeunes loups, Betsen, Harinordoquy ou Magne, les tauliers: les places sont chères et dans ce marché plus ouvert que jamais, la cote de Martin s'est diablement appréciée samedi dernier face aux Springboks.
Meilleur plaqueur face aux Boks
Une véritable performance au milieu du marasme dans lequel le XV de France s'est perdu à Port-Elizabeth. Une faillite dans la capacité des Bleus à rivaliser physiquement avec des Boks à la hauteur de leur réputation, un pas en arrière dans le combat après les belles promesses nées du match nul de Durban (30-30). Un pack français malmené, ballotté dans toutes les phases de conquête et au milieu de ce vaste naufrage, cette appréciation individuelle d'un Bernard Laporte pourtant passablement navré de la prestation de ses avants, à l'exception notable sas doute de Pascal Papé: "Rémy Martin a crevé l'écran. Il a couvert beaucoup de terrain, et il n'a pas explosé sur les zones de rencontres".
Pour un joueur boudé trois saisons durant par le sélectionneur, l'hommage vaut le détour. Surtout quand Laporte, dans le même temps, n'hésite pas à renvoyer à placer vertement devant leurs responsabilités les recalés de Port-Elizabeth, au premier rang desquels un Dimitri Yachvili à la hauteur selon lui des exigences de la Coupe d'Europe et du Top 16 mais, de sa propre expression, "pas invité" dans le concert musclé des Sudistes... Avec dix placages à son actif, Martin fut tout bonnement le meilleur Tricolore lors de cette seconde levée face aux Sud-Africains. Passé de 114 à 104 kilos entre ses débuts internationaux et ce récital face aux Boks, le Parisien affiche tout juste à son débit, et assez paradoxalement, un manque de vitesse quand sur le premier essai adverse, Percy Montgomery lui échappa pour servir la bombe Habana. Preuve que l'intéressé n'a pas complètement tort lorsqu'il réfute les louanges d'après-match.
Une prestation suffisante en tout cas pour que le staff des Bleus lui maintienne sa confiance pour le périlleux et troisième test-match du XV de France face aux Wallabies à Brisbane, samedi. Une autre référence en matière de défi physique, dominée de la tête et des épaules par les Bleus à l'automne dernier au Stade de France (victoire 27-14) où les joueurs de Laporte avaient ce jour-là semblé surclasser le squad d'Eddie Jones. Un autre match, et plus sûrement encore un autre contexte, à l'opposé de l'équipe qui, fourbue par plus de vingt heures de transit aérien de l'Afrique du Sud à l'Australie, et huit heures de décalage horaire, se présentera samedi au Suncorp Stadium.
Un enfer pour lequel Laporte a cru sans doute déceler chez Martin, l'Ardèchois, natif d'Aubenas où il fût formé et transfuge, on le sait moins de Mont-de-Marsan avant de s'exiler dans l'anonymat de la capitale, les qualités du guerrier qu'implique un tel combat. A 25 ans, Martin, pour avoir soutenu il y a une semaine avec un sérieux aplomb la comparaison avec la star sud-africaine, le troisième ligne Schalk Burger, duquel on le rapproche tant pour le poste qu'ils partagent que pour leur physique très ressemblant, a gagné ses galons de titulaire. Samedi, le blond Parisien sera en quête d'un statut de Mondialiste...